Hier j’assistais à la présentation de la plus grande étude linguistique réalisée en Catalogne Nord. Cette enquête a été effectuée auprès d’un panel représentatif de la population totale des Pyrénées-Orientales, dont il faut remarquer que seuls 40% sont nés ici.
Voici quelques chiffres, dans l’attente de la publication :
Tout d’abord, ça n’étonnera personne, c’est dans les «comarques» montagneuses que l’on parle le plus catalan avec 22 à 24% des sondés qui le déclarent en Vallespir, Conflent, Cerdagne et Capcir. Le Roussillon est plus bas et, sans surprise, c’est à Perpignan qu’on le parle le moins bien que tout de même près de 10% des sondés perpignanais déclarent parler catalan régulièrement. Ca, c’est pour les faits qui souffrent de divers facteurs (histoire, enseignement, sociologie, …). Mais qu’en est-il de la volonté, qui doit bien plus nous interpeller : 60% des interrogés voudraient parler catalan ou mieux le parler. Rappelons que seuls 40% sont nés ici…
Mais le chiffre que je retiens particulièrement a trait à l’éducation : 80% des habitants de Catalogne Nord veulent qu’on ait la possibilité d’étudier le catalan. 76% désirent que l’enseignement du catalan soit systématique à l’école. Il est intéressant de comparer cette donnée à la réalité : moins de 8% de nos enfants ont actuellement accès au catalan à l’école !
Moins surprenant mais à noter également :
Plus de 85% souhaite la création d’une télévision locale en catalan, environ 10% sont contre, le reste ne se prononce pas
Plus de 80% souhaite une loi pour les langues dites régionales, 16% sont contre
Environ 70% souhaite un bilinguisme systématique dans la vie publique, 20% sont contre
Environ 58% souhaite que le catalan soit co-officiel avec le français dans le département, 33% sont contre
Et enfin, une donnée intéressante quand on se rappelle que seuls 40% des sonés sont nés ici :
53% se disent catalan, avec une dynamique en nette augmentation depuis quelques années puisque chez les jeunes ce chiffre monte à 56,3%.
Il est donc évident que non seulement nous sommes dans une phase de récupération identitaire mais aussi et surtout qu’il y a une volonté claire de récupération linguistique, à laquelle les pouvoirs publics ne répondent pas et en premier lieu l’éducation nationale qui ne permet pas à ceux qui le souhaitent d’apprendre le catalan.


Voilà la drôle d’ingérence du Consul Général d’Espagne qui en fait bondir plus d’un. Ce mercredi 29 avril, lors d’un débat (où seuls ceux qui étaient prévus pouvaient intervenir) organisé par l’Indépendant et dont le sujet était «comment attirer la clientèle espagnole», le consul n’a pu s’empêcher de transposer le conflit hispano-catalan à la Catalogne Nord. Alors que les échanges avaient commencé avec un bon ton, distinguant catalans et espagnols tant au niveau culturel qu’économique (les catalans étant plus proches restent moins longtemps) la conclusion du Consul a été de dire qu’il a été négativement surpris en arrivant à Perpignan de voir tant de drapeaux catalans et une culture aussi présente «alors que personne ne parle catalan ici, personne !». Evidemment il était là dans un rôle politique anti catalan car il sait très bien qu’il a déjà eu droit à plusieurs manifestations de catalans devant son consulat, qu’il parle régulièrement en catalan à de nombreux nord-catalans (dont moi-même) et que si effectivement le catalan ne jouit pas d’une utilisation normale et courante, il est pourtant bel et bien en phase de récupération. Mais faut savoir que son hostilité est telle que les organisateurs ont «oublié» d’inviter son homologue catalan, le directeur de la Casa de la Generalitat, à qui il n’adresse même pas la parole.