Enquête Exclusive M6 du 24/04/11 (en francès)

Dimanche soir l’émission Enquête Exclusive diffusée sur M6 était consacrée à Barcelona. Selon l’équipe de Bernard de la Villardière, la capitale Catalane est à deux doigts de l’explosion. L’immigration, la crise économique, le tourisme, la “fête”, la consommation de stupéfiants et le nationalisme Catalan seraient apparemment les causes du “malaise” Barcelonais. Il est curieux de voir les raccourcis navrant et les généralités qu’ont pu faire les journalistes. A les écouter Barcelona serait la seule grande ville d’Europe à rencontrer des problèmes de drogue et de délinquance, problèmes identiques au nationalisme.

Concernant le Catalanisme, les discours entendus sont plus qu’affligeants. Le Catalan, pourtant reconnu par l’Union Européenne, l’ONU, les Etats Espagnol et Italien, etc… comme langue européenne y est qualifié de langue “régionale”. Les journalistes s’étonnent de voir inscrit “bienvenue à Barcelona” en Catalan à l’entrée de la ville, capitale de la Catalogne. Pire, ils s’horrifient du bilinguisme des panneaux et de la société catalane en général. Je cite “une langue imposée aux habitants”. Mais ces journalistes ont-ils compris qu’ils étaient en Catalogne, qui plus est dans la capitale catalane, et que par conséquent le Catalan n’était pas imposé, mais simplement la langue des habitants ? S’il faut reprocher à toutes les institutions du monde le bilinguisme, ces journalistes français ont l’embarras du choix (Royaume Uni, Finlande, Italie, Suisse, Irlande, Pays Basque, Algérie, Danemark, Corse, Canada, …) Mais il est vrai que dans un pays qui se réclame des droits de l’homme et qui n’applique pas la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, le respect des minorités peut paraître futile, voire dangereux pour la langue et la culture dominante. Rappelons par ailleurs ces principes qui se retrouvent dans un grand nombre de textes et de déclarations officielles :
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme: “L’ universalisme doit reposer sur une conception de la diversité linguistique et culturelle qui dépasse à la fois les tendances homogénéisantes et les tendances à l’isolement facteur d’exclusion” ;
La Convention des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales du Conseil de l’Europe: “Le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire, dans la vie privée ou publique, constitue un droit imprescriptible” ;
Le Parlement Européen: “Les langues régionales et minoritaires constituent une source
essentielle de richesse culturelle. Il convient par conséquent de les soutenir sans relâche et à tous les niveaux, au titre du patrimoine culturel commun” ;
La Constitution du 4 octobre 1958, dans son article 75 : “Les langues régionales font partie du patrimoine de la France” ;
Le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, dans sa Charte en Faveur du Catalan et son équivalent de la ville de Perpignan: “Aujourd’hui et pour les années à venir, la survie de la langue catalane est un enjeu culturel, économique, politique et humain d’importance” ; “le catalan est la langue historique sur le territoire catalan”
A les écouter le statut d’autonomie de la Catalogne serait exagéré et dangereux pour l’Espagne et les pays voisins. Comme à chaque fois en France, les termes autonomie, fédéralisme, respect des minorités sonnent des appels à la violence, au repli sur soi, à l’intolérance, alors que le nationalisme Catalan prouve depuis des années que c’est tout le contraire. La Catalogne est une Nation ouverte sur le monde depuis des siècles. Cette ouverture d’esprit a fait la richesse culturelle et économique de la Catalogne qui serait la quatrième puissance européenne si elle était indépendante.

Dans Enquête Exclusive, les militants nationalistes y sont présentés comme des fauteurs de troubles, des criminels, voire de potentiels terroristes, imposant leur diktat à la population. De plus, les soit-disant “enquêteurs” parlent de 20% de la population qui serait indépendantiste alors même que toutes les enquêtes d’opinion donnent au moins 50% de la population vivant en Catalogne (donc immigrés inclus) favorables à la pleine souveraineté de leur nation. Termes qu’ils “oublient” de définir. N’aurait-il pas été intéressant de définir “nation”, “pays”, “Etat” ? Mais apparemment, eux-même n’en connaissent pas les définitions. Ils oublient étrangement aussi de citer les consultations populaires organisées par le peuple lui-même afin de de déterminer grâce au vote selon listes électorales, la volonté du peuple à construire un Etat indépendant. Ces votes ont donné lieu à 90% de oui à l’indépendance ! Si le “oui” à l’indépendance était un parti politique, il serait le premier parti en Catalogne. Dans leur présentation, l’émission ne fait que parler de la région autonome catalane espagnole alors que la Catalogne s’étend bien au-delà : département français des Pyrénées-Orientales, Andorre, Pays Valencien , Illes Baléares, une partie en Aragon et une ville en Sardaigne. Dans toutes ces régions, sauf le département français (évidemment !) le catalan est au moins co-officiel, voire unique langue officielle dans l’Etat andorran. Les journalistes n’ont pas rappelé non plus que le 10 juillet 2010, plus d’un millions et demi de citoyens se sont réunis dans la capitale catalane pour réclamer l’indépendance de leur nation. Le fait indépendantiste n’est pas une lubie en Catalogne, mais une réalité tout comme en Flandres, en Ecosse ou encore au Québec, n’en déplaise aux journalistes parisiens. De plus, présenter les nationalistes Catalans comme des criminels est totalement honteux, tant le nationalisme catalan se démarque par son pacifisme. Même sous les pires heures du franquisme, les Catalans se sont toujours affirmés par le travail, la culture, les arts, le commerce et une formidable ouverture sur le monde. Sans Etat, les Catalans n’avaient plus que la force de leur travail, de leur langue, de leur culture pour faire vivre leur nation. Ils ont toujours privilégié la force de leur identité à celle des armes, et c’est tout à leur honneur. Alors les présenter comme des hooligans est tout simplement scandaleux. Il vaudrait mieux soutenir le combat acharné et digne d’une nation sans Etat, qui est en train de devenir une des régions les plus pauvres d’Espagne, pays oppresseur.

En tant que représentants du premier parti catalan en Catalogne Nord (Pyrénées-Orientales), mais également amis et délégués d’élus au Parlement Catalan de Barcelona dont Joan Laporta, nous invitons l’équipe d’Enquête Exclusive à faire un vrai sujet et à se renseigner sur le mouvement catalan qui, loin d’être source de tensions dans notre pays, remet sur le devant de la scène une problématique importante en Europe : la reconnaissance des nations sans Etat.