Le département va nous identifier avec le terme « 4e dimension ». Réaction

Le conseil départemental vient de lancer une nouvelle marque. Après 350 années épuisées à communiquer en vain sur « Pyrénées-Orientales », voilà que le département a une nouvelle idée : faire dans l’abstrait. La 4e dimension, terme peu flatteur pour un territoire où l’on a l’habitude effectivement d’élire des responsables dont on se demande s’ils vivent dans la même dimension que nous. Partout en France et dans le monde, les termes territoriaux sont vecteur de tourisme et de marques. La Lorraine a le musée d’histoire locale le plus visité de France. La Corse est reconnue pour son identité. Le Pays Basque fait de sa culture transfrontalière une force. L’Alsace met en avant sa spécificité franco-germanique. La Savoie honore son histoire. La liste est longue rien qu’en France. Et encore, je n’ai pas évoqué la création Pays Cathare qui fonctionne particulièrement bien à partir d’une bribe historique judicieusement mise en valeur. 

Mais à l’heure de parler du territoire qui a fait naître la Catalogne, notre nom est imprononçable. Malgré une manifestation monstre contre le nom Occitanie, malgré une mobilisation de nombreux acteurs économiques et culturels, malgré la puissance du terme « Catalogne » dans le monde,  la Présidente Malherbe refuse d’utiliser la marque Catalogne. Que ce soit Catalogne Nord, Pays Catalan (qui souffre de nombreux défauts mais au moins nous identifie pour les français) ou même Catalogne Française si elle le voulait tant, il est tellement évident que notre territoire doit porter le nom Catalogne que seul un problème insoupçonné peut être à l’origine de ce refus. 

Alors Madame la Présidente, pouvez-vous nous dire ce qui est si grave que vous refusez encore maintenant d’aller dans le sens de l’intérêt économique et culturel du territoire en le nommant de son nom « Catalogne (Nord) » ? 

Les « Pyrénées-Orientales » ce nom handicapant que les dirigeants ne comprennent pas

Dans L’Indépendant de ce jour, une communication est faite au sujet du partenariat entre les Dragons Catalans et le Conseil Départemental. Hermeline Malherbe annonce qu’elle communiquera à Barcelone pour le match au Camp Nou avec un logo sur le maillot des treizistes et une distribution de drapeaux. Je suis prêt à parier que malheureusement la communication se fera à nouveau avec ce nom handicapant dont nous sommes affublés depuis la révolution française « Pyrénées-Orientales ». Cette communication ne marche pas et nous coute beaucoup. Comme ça ne marche pas, nos dirigeants, plutôt que d’en changer, préfère communiquer encore et toujours. Il suffirait pourtant qu’on investisse le même montant dans une communication « Catalogne Nord » (ou même « Catalogne Française » pour faire plaisir à ceux qui ont peur de l’autonomisme) pour faire décoller notre image. Pas besoin de changer le nom du département pour ça. L’Aude communique sur Pays Cathare et ça marche. Les sud-catalans ont pour beaucoup d’office une sympathie pour notre territoire. Et pourtant nous ne l’exploitons pas.

Peur de l’autonomisme, peur de la culture catalane (haine pour certains), peur de la réunification de la Catalogne, incompréhension des systèmes valorisant les territoires, … De nombreuses raisons peuvent être trouvées à cette obsession à communiquer aussi maladroitement. Ce qui est certain c’est que les noms identitaires fonctionnent (Pays Basque, Corse, Bretagne ou même Pays Cathare…) mais ici c’est automatiquement rejeté. Gageons qu’un jour nous aurons des politiques qui auront l’intelligence de changer notre image, non pas par esprit catalan (ce serait trop demander) mais simplement dans l’intérêt du territoire.

Quelques données linguistique de Catalogne Nord

Hier j’assistais à la présentation de la plus grande étude linguistique réalisée en Catalogne Nord. Cette enquête a été effectuée auprès d’un panel représentatif de la population totale des Pyrénées-Orientales, dont il faut remarquer que seuls 40% sont nés ici.

Voici quelques chiffres, dans l’attente de la publication :

Tout d’abord, ça n’étonnera personne, c’est dans les “comarques” montagneuses que l’on parle le plus catalan avec 22 à 24% des sondés qui le déclarent en Vallespir, Conflent, Cerdagne et Capcir. Le Roussillon est plus bas et, sans surprise, c’est à Perpignan qu’on le parle le moins bien que tout de même près de 10% des sondés perpignanais déclarent parler catalan régulièrement. Ca, c’est pour les faits qui souffrent de divers facteurs (histoire, enseignement, sociologie, …). Mais qu’en est-il de la volonté, qui doit bien plus nous interpeller : 60% des interrogés voudraient parler catalan ou mieux le parler. Rappelons que seuls 40% sont nés ici…

català a l'escolaMais le chiffre que je retiens particulièrement a trait à l’éducation : 80% des habitants de Catalogne Nord veulent qu’on ait la possibilité d’étudier le catalan. 76% désirent que l’enseignement du catalan soit systématique à l’école. Il est intéressant de comparer cette donnée à la réalité : moins de 8% de nos enfants ont actuellement accès au catalan à l’école !

Moins surprenant mais à noter également :

Plus de 85% souhaite la création d’une télévision locale en catalan, environ 10% sont contre, le reste ne se prononce pas

Plus de 80% souhaite une loi pour les langues dites régionales, 16% sont contre

Environ 70% souhaite un bilinguisme systématique dans la vie publique, 20% sont contre

Environ 58% souhaite que le catalan soit co-officiel avec le français dans le département, 33% sont contre

Et enfin, une donnée intéressante quand on se rappelle que seuls 40% des sonés sont nés ici :

53% se disent catalan, avec une dynamique en nette augmentation depuis quelques années puisque chez les jeunes ce chiffre monte à 56,3%.

Il est donc évident que non seulement nous sommes dans une phase de récupération  identitaire mais aussi et surtout qu’il y a une volonté claire de récupération linguistique, à laquelle les pouvoirs publics ne répondent pas et en premier lieu l’éducation nationale qui ne permet pas à ceux qui le souhaitent d’apprendre le catalan.