Voici la réponse du président Puigdemont à l’ultimatum de Madrid

Carles Puigdemont n’a pas déclaré l’indépendance mais préparé la déclaration, signée par le gouvernement et les parlementaires. Elle est prête à être proclamée. Néanmoins, pour des raisons évidente d’effectivité, il souhaite qu’une négociation avec le gouvernement central permette d’établir certaines règles de transfert de compétences, de dette, d’accords internationaux, etc. Carles Puigdemont continue à demander le dialogue et donne une échéance de deux mois. Mariano Rajoy a répondu par un ultimatum binaire : la Catalogne déclare-t-elle sont indépendance ou pas ? Celle qui est toujours une région autonome a jusqu’à jeudi pour répondre.

Cliquez ici pour lire la nouvelle lettre de Puigdemont à Rajoy (en français) en pdf : 001



2 banques déménagent hors de Catalogne : un risque mal calculé ?

Depuis hier, la décision de déménager le siège social de deux des plus grandes banques « hispaniques » hors de la Catalogne fait la une des journaux. La CaixaBank et la Banc de Sabadell déménagent aux îles Baléares et à Alacant. Disons qu’ils ne quittent pas totalement les territoires catalans mais ils seront hors de la Generalitat, territoire qui doit déclarer l’indépendance d’ici peu.

Cette mesure est essentiellement symbolique afin de rassurer les marchés qui ont peur d’une instabilité. Cela s’explique par le risque de ne plus accéder aux fonds de la Banque Centrale Européenne. Ces liquidités servent à créer artificiellement de la monnaie, qui est prêtée par les banques et sur lesquels nous remboursons avec intérêt. Oui, c’est injuste, ça ne leur coûte quasiment rien et ils gagnent beaucoup. Mais on ne refera pas le système…

Ces banques ont donc peur d’une situation qui, même en cas d’indépendance, n’arrivera pas du jour au lendemain. On ne passe pas d’une région autonome à un Etat indépendant en 24h, d’autant plus s’il n’y a rien de négocié avec l’Etat précédent. On le voit d’ailleurs avec le Brexit qui a pourtant moins de choses à négocier. Mais il fallait rassurer les marchés. Soit.

Le transfert de siège requiert certaines obligations, comme la consultation du comité exécutif. Or, la CaixaBank n’est pas sûre de l’accord de son conseil, ni de l’avoir rapidement. Ainsi, le ministre espagnol de l’économie a-t-il décidé de prendre un décret permettant aux banques de déménager leur siège sans passer par le conseil. Et il prend ce décret après avoir répété de nombreuses fois que l’indépendance n’aurait pas lieu. Un changement d’avis qui maintenant augure d’une effectivité manifeste de l’indépendance.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Les banques vont déplacer leur siège légal mais garderont les effectifs en Catalogne. Ce sera donc une perte importante pour l’économie catalane en terme de marchés et transactions, mais pas dans ce qu’on appelle l’économie réelle, c’est à dire les emplois.

Or, ce déménagement s’accompagne dès aujourd’hui d’une contestation de la part de la société catalane. De nombreux organismes, à commencer par plusieurs municipalités, annoncent qu’ils vont retirer leurs fonds de ces banques. Le problème qui va alors se poser est que les banques n’auront plus assez de fonds propres pour emprunter. Car même s’ils se servent auprès de la banque centrale, cette dernière exige quand même que les banques aient une certaine quantité de fonds propres pour éviter toute fragilité semblable à Lehman Brothers. En conséquence, l’instabilité crainte de la volonté catalane risque en fait de venir de la volonté de rester en Espagne.

Parfois il faut savoir prendre un risque. Le risque ici était de rester en Catalogne et travailler à avoir toujours accès à la BCE. Elles ont préféré sortir de la Catalogne et perdre des liquidités. Peut-être ces banques ont-elles maladroitement choisi une pseudo sécurité face à un risque calculable.



Mon 1er octobre : Le jour d’avant

Le “jour d’avant” commence en fait longtemps avant, mais il serait bien trop long d’expliquer tout le processus, de l’organisation citoyenne aux RDV avec le président Puigdemont et autres acteurs majeurs de ce référendum. Je vais m’atteler à expliquer ce concerne directement ce week-end, en 3 publications : le jour d’avant, le vote, puis de jour d’après.

Vendredi 29.

Dès le matin, j’avais RDV à Catalunya Ràdio pour une prise de parole en direct. Je ne le savais pas encore mais c’était avec la célèbre Mònica Terribas. Une heure et demie après, j’en pars et passe la journée à répondre par mail ou téléphone aux différentes sollicitations. Je commence à me rendre compte que quelque chose se passe. Cette fois, c’est différent, il y a un réel intérêt. Le référendum est pris au sérieux, le monde regarde la Catalogne (enfin, après 7 ans de tentatives de négociations avec l’Espagne).

Le soir, nous allons à l’acte final de campagne. Comme souvent, l’organisation est très bonne. Nous sommes dans une zone dite VIP mais en fait assez grande pour accueillir plusieurs centaines de personnes. Cela me permet d’inviter des proches et des journalistes qui n’ont pas eu le temps de s’accréditer en amont. Lorsque les personnalités du gouvernement catalan arrivent, nous échangeons de timides mots. Impossible pour nous de parler des difficultés, des risques, ou encore des craintes. Par exemple, lorsque nous parlons avec Oriol Junqueras (vice-président de la Catalogne) et le directeur de l’EFA (parti politique européen auquel je suis délégué pour Unitat Catalana), un micro-perche est tendu au dessus de nous. Je ne sais pas quoi dire, de peur que ce soit diffusé et mal interprété. Je reste donc sur des banalités les plus courantes et eux échangent alors quelques mots bien pesés. Je reste évidemment aussi discret à chaque échange avec un responsable politique, habitué que je suis à ce que mes mots soient maladroits pour la presse. La retenue est de rigueur. La soirée est assez longue mais également émouvante. Plusieurs orateurs et musiciens se succèdent. Parmi eux, des représentants de la société civile mais aussi des politiques tenant du NON à l’indépendance mais OUI au référendum. Les milliers de catalans rassemblés (certains disent 80.000) portent un grand espoir de démocratie, même si la forte présence policière dans la ville montre un grand risque. La soirée se finit. Le silence électoral est alors imposé pour la fameuse journée de réflexion qui précède, comme chez nous, chaque journée de vote.

Samedi 30.

Pour le référendum, j’étais coordinateur de visiteurs internationaux avec Anna Arqué. Notre organisation est l’ICEC (International Commission of European Citizens). C’est à travers cette association citoyenne européenne, dont elle est la représentante en Catalogne Sud et la porte parole internationale, que nous avons agit. Nous avons par exemple récupéré les coordonnées de ceux qui souhaitaient faire partie de ce groupe, pour les inscrire officiellement et les faire accréditer auprès de la Generalitat.

Le jour d’avant représente beaucoup pour le référendum. Nous sommes évidemment très demandés par la presse et nous avons du mal à gérer à la fois l’organisation et les interviews. À ce point que lorsque nous nous réunissons entre membres du bureau de l’ICEC, Anna est difficile à capter entre ses nombreux appels de la presse internationale. En ce qui me concerne c’est plutôt la presse catalane qui me sollicite ce jour là. La presse extérieure m’avait interviewé en amont et le refera après, ce qui me permet de n’avoir à gérer que de la presse locale, bien plus disponible que l’internationale. Bref, nous faisons du mieux possible pour internationaliser l’événement, tant avec nos relais personnels qu’avec les visiteurs internationaux.

Un premier briefing est organisé le matin, lors duquel le ministre catalan des affaires étrangères Raul Romeva explique les règles de neutralité nécessaire mais aussi le pourquoi d’un référendum, afin que tout le monde comprenne la situation. En sortant, la Generalitat distribue les accréditations. L’ICEC peut enfin préparer les groupes de visiteurs en fonction des “collèges électoraux” et des personnes réellement accréditées. Il ne nous reste que quelques heures.

Le soir, nous avions prévu une réunion. La tension était tellement forte que ni pour le rassemblement du matin avec le ministre catalan, ni pour le rassemblement du soir entre nous, nous n’avions donné le lieu précis. Seuls les horaires et la ville étaient connus de tous. C’est seulement la veille au soir que nous avons reçu les informations de la Generalitat et que nous avons divulgué notre lieu, juste en donnant une adresse, sans préciser de quoi il s’agissait. En ce qui nous concerne c’était un cabinet d’avocat.

Après une réunion de bureau, les participants internationaux arrivent. Très vite, les locaux deviennent étroits. Près de 200 personnes s’amassent pour écouter le briefing d’Anna Arqué, dans un anglais parfait. Une brève explication d’abord, puis l’annonce des groupes. Nous les répartissons avec un catalan référent qui permettra de faire le relai pour chaque groupe de 4 à 5 personnes, réunies en fonction de leurs compétences, statuts et zone géographique d’origine, de sorte à ce que chaque groupe soit le plus hétérogène possible.

Viennent ensuite les conseils légaux. C’est la raison de notre choix de lieu de réunion. Les avocats prennent la parole afin de nous dire quoi faire en cas de violence, d’arrestation, de contrôle d’identité, etc. Nous donnons évidemment les coordonnées personnelles d’avocats du cabinet et les répartissons en fonction de leurs compétences linguistiques. Je tairais évidemment le détail des conseils prodigués car il est indispensable à mon sens que cela reste dans un cadre purement professionnel et de confiance. Néanmoins, le simple fait d’évoquer ces situations nous faisait prendre conscience d’une situation exceptionnelle.

Dès lors, il ne manque plus qu’à chacun à s’organiser avec son coordinateur et à se donner RDV pour le lendemain matin. Les appels citoyens à occuper les bureaux de vote se multiplient afin qu’ils ne puissent pas être scellés. Nous sommes nombreux à décider d’un RDV tôt le matin, pour constater la situation.

Minuit. Je vois le débarquement des policiers sur Twitter et par notifications du site d’info Nació Digital. La tension monte encore d’un cran. Les dockers catalans avaient menacé d’empêcher le débarquement des milliers de policiers logés dans des bateaux de croisière, dont le désormais célèbre Piolin, nom donné chez eux à Titi (et “ro-minet”). Mais ils débarquent et sortent du port à minuit pile. Les images font froid dans le dos, sans entamer la détermination des catalans. Les réactions sur les réseaux sociaux parviennent finalement à me faire comprendre qu’il ne sert à rien de stresser pour les catalans. Ce peuple pacifique votera.