Barcelona, la sublime… en pleine expansion

Certains se posent la question de la pertinence de se tourner économiquement parlant vers Barcelona. On peut comprendre la réticence de ceux qui sont restés bloqués au milieu du 20e siècle, époque durant laquelle Franco sévissait sur le territoire espagnol et lors de laquelle le rapprochement de Barcelona n’était qu’une “lubie” des catalanistes par idéologie unioniste. La mode française était alors à la création d’une région artificielle. Un temps associés à Toulouse, finalement les départements de l’Aude et des P-O atterrissent avec Montpellier, mauvais choix s’il en est par la compétition prévisible entre toutes les villes du littoral.

Mais voilà, nous sommes au 21e, Barcelona a retrouvé son essor (bien que toujours bridée par Madrid) et revient aux premiers rangs mondiaux des villes pour les investissements internationaux. De chez nous, la frontière routière n’existe plus; le changement de train dans quelques mois ne sera plus nécessaire et nous y serons reliés par grande vitesse; nous avons la même monnaie et faisons parti du même marché… A une distance à peu près identique des deux villes, Perpignan se trouve mieux desservie pour Barcelona, ville-monde, que pour Montpellier, ville “seulement” régionale. Alors comme la belle parole des catalanistes ne vaut pas une démonstration, voici les extraits d’une étude commandée par Paris pour comparer la capitale française aux places fortes mondiales. Y apparaît évidemment Barcelona…

Source : Greater Paris Investment Agency

Tout d’abord le contexte : lors de l’étude, sont prises en compte sur les schémas suivants les 11 villes européennes au plus fort poids économique, plus particulièrement en terme d’attractivité des investissements internationaux. Il va sans dire que sur les 11 villes européennes, Montpellier n’est même pas envisagée une seconde. Peut-être les services de la puissante région montpellieraine essaieront de trouver des données similaires… je leur souhaite bon courage s’ils croient pouvoir rivaliser. Allez, c’est parti :

Sur cette première diapo, on voit à quel point le jacobinisme français fonctionne bien, et à contrario, à quel point la décentralisation espagnole a permis à Barcelona de se développer. Pour rappel historique, la décentralisation a été faite pour éviter l’indépendantisme. Autonomie contre indépendance, ça ne vous rappelle pas une certaine région française ? Regardez vers l’Italie, une certaine île…

représentativité metropoles par Etat

Barcelona représente donc à elle seule 22% des projets de l’Espagne.

Voyons maintenant les investissements internationaux réels 2008/2009

Investissements internatLondres conserve une avance réelle sur toute l’étude. Les Etats en développement sont également clairement identifiés comme centre d’intérêts pour les investissements. Enfin, il est à noter que Paris se détache, grâce à certains secteurs connus puis vient Barcelona, devant Madrid, Tokyo et New York. Nous avons, à 150km, une ville plus attractive pour les investissements internationaux que New York ou Tokyo !

Mais ce n’est pas tout de capter, encore faut-il progresser, surtout dans ce contexte de crise. Comme l’on peut s’en douter, le centralisme français (à tout concentrer en une seule ville) sature Paris. Les gestionnaires parisiens peuvent donc se réjouir de constater que l’évolution est quasi neutre (-0,5%). Tout le reste de l’Europe est en évolution négative, parfois même néfaste tant la baisse est importante. Toute l’Europe ? non, une ville tire largement son épingle du jeu avec une évolution de 6%, seule évolution positive d’Europe. Sur les 22 principaux pôles d’investissement mondiaux, Barcelona affiche donc la 4ème progression :

evolution invest

Regardons maintenant un secteur clé à fortes retombées économiques : les quartiers généraux. Si Londres est connu pour en concentrer une partie très importante, Paris est évidemment très bien placée également avec la Défense. Regardons où se situe la capitale catalane :

QG

Il n’est donc plus à prouver que Barcelona occupe une place mondiale qui va bien au-delà des autres villes qui nous entourent. Pour finir, regardons comment capter un peu du rayonnement de cette ville-monde.

Les investisseurs internationaux ont été interrogés. Voici deux statistiques qui nous disent clairement comment faire pour les attirer :

Critères d'investissement

On voit bien que les critères d’investissement sont d’abord le contexte politique (pour ça, pas de souci chez nous) et vient juste après la qualité des infrastructures. Alors là… autant nous faisons un grand pas en avant avec le TGV Perpinyà-Barcelona, autant nous sommes encore bien en retard sur le reste. Pas de liaison à grande vitesse nous reliant au reste de l’Europe par le nord (pas de LGV entre Perpinyà et Nîmes), un aéroport qui a du mal à retrouver ses 500 000 passagers d’il y a peu (normal, les investissements étant régionaux, ils partent essentiellement sur Montpellier), le THD (très haut débit internet) est hors de prix et peu répandu, l’hôtellerie haut de gamme fait défaut, le Port-Vendres est quasiment abandonné, … Bref, sur un critère essentiel aux investissements internationaux, nous sommes totalement “largués”. N’oublions pas que Girona, elle, a au moins nos atouts, si ce n’est plus.

Passons enfin à la dernière donnée. La propension d’une ville à se développer :

facteur progressionSans surprise les investisseurs sont en priorité attirés par le potentiel de croissance d’une région. Mais regardons de plus près les autres facteurs. On voit en 3e position “localisation stratégique”. Nous revenons donc aux infrastructures. Car ce n’est pas tout d’être dans une région à fort développement, les infrastructures permettent en effet de développer la diffusion de la production. C’est forcément essentiel. On note ensuite que les événements sportifs/culturels jouent un rôle important. Je rappelle que la question était ouverte et que par conséquent si 7% des sondés donnent cette réponse, c’est que ça a son poids. G. Frêche l’avait bien compris en mettant le paquet (certes avec l’argent des catalans) sur les infrastructures de loisirs et sportifs ainsi que sur la création artistique et le sport (Rugby, foot, hand, natation, tennis, …).

Et pour finir regardons ce que nous, nous mettons en avant : le cadre de vie (seulement 1% des réponses). Nous pourrions mettre le paquet sur tout le reste mais non, nous mettons en avant le soleil, la mer, la montagne, c’est à dire ce qui est le moins intéressant pour les investisseurs et ce sur quoi nous sommes tout de même en concurrence avec d’autres régions. Logique, car bien que nous -les catalans- ayons conscience de vivre au paradis environnemental, cela n’est pas forcément le paradis économique. Voilà donc pourquoi nous battons un record de pauvreté. Pauvreté dans un cadre magnifique, certes, mais pauvreté.

Ce post est assez long mais je pense riche en enseignements. Nous devons tout faire pour arrêter de dépendre de Montpellier. La région finance à 100% les 37 millions d’euros de la nouvelle fac de médecine; 5M€ pour la maison des sports; et encore des millions pour le tram, les infrastructures de sport, le zénith, etc. Dans le même temps, Perpinyà, pour un théâtre s’endette sur de nombreuses années; le projet de stade/zenith est abandonné faute de financements; l’université est quasiment abandonnée (l’objectif clairement affiché est de l’intégrer à l’université de Montpellier… évidemment!); l’aéroport n’a qu’un investissement régional minime; Port Vendres est mis en concurrence -perdue d’avance- avec Port la Nouvelle et Sète, où les investissements régionaux sont sans commune mesure. La ligne grande vitesse est financée par la région pour le contournement Nîmes-Montpellier… Et nous ? La liste pourrait être encore longue. Il ne faut d’ailleurs pas penser qu’en termes publics. Le privés suit évidemment l’organisation publique. Les ASF délocalisent et ferment à Perpinyà pour Narbonne; le centre de tri postal ferme pour aller également vers le nord; les centres type Crédit Agricole ou Groupama, etc.

Enfin, un dernier “détail” : Pour être capable de capter une partie, aussi faible soit-elle, des investisseurs du bassin barcelonais, il nous faut être totalement connecté à la capitale catalane. Cela inclus évidemment une donnée de base : parler la même langue. Quand pour mettre en réseau des postes il est nécessaire d’ajouter des traductions, il est évident que ce “détail” devient un bâton dans une roue. Alors que s’adapter en généralisant la connaissance de la langue économiquement la plus forte à nos portes, ce n’est plus du catalanisme mais du pragmatisme.

 



Les Pyrénées-Orientales, pauvres… élus !

Les statistiques se suivent… et se ressemblent. Nous vivons dans un des trois départements les plus pauvres de France. Mais nos responsables locaux nous diront que tout va bien. Nous sommes dans la région la plus pauvre de France. Mais les responsables… vous connaissez la suite, ça fait des années qu’on entend la même chose.

Alors voilà, nous sommes en 2011. Après -quasi- 30 ans d’échec flagrant du régionalisme, nous sommes à l’aube d’une régionalisation plus forte. Mais ça ne choque personne, à part les “catalanistes”. On nous traite (nous, les catalanistes, car j’en suis) d’extrémistes qui, de toutes façons, ne seront jamais d’accord avec quoi que ce soit qui ne soit pas catalan. Sauf qu’au bout de 30 ans d’une région qui nous tue à petit feu, ce n’est plus du catalanisme, c’est de la survie !!!

Certains s’engagent en politique à Perpignan dans le principal objectif de contrer la construction d’un pont (remplaçant un passage à gué) totalement nécessaire. Et maintenant quoi ? Bin rien, on y est, on y reste.

D’autres encore s’engagent pour une seule chose : être élu. Et oui, “je veux être élu pour être élu”. Alors mégalo, complexe d’infériorité ou encore recherche de prestige ou d’argent, quand ils y sont, ils s’y accrochent…!

10, 15, 20 ans pour certains qu’ils sont à la même fonction ! Cela n’empêche pas la population de recommencer à voter pour les mêmes. Oui mais vous me direz, le clientélisme, l’usage exagéré d’assistantes sociales (faisant croire que c’est le candidat qui paie les factures alors que ce sont nos impôts), les différents cadeaux, etc. Oui, tout cela fausse considérablement des élections. Mais il suffirait simplement de 10% de participation supplémentaire et toute cette fraude à peine dissimulée serait quasiment anihilée.

Département pauvre, région pauvre. Comment peut-il en être autrement quand ceux qui nous dirigent préfèrent leur poste, leur prestige, à leur fonction. La politique, c’est diriger le peuple, ce n’est pas juste être à la tête du peuple. Quand on n’est pas capable de développer un département qui ne peut que l’être (tellement il est bas), il faut tout de même se poser des questions…. Mais non, “ils” ne se posent pas de questions puisque leur objectif n’est pas d’améliorer la situation, mais uniquement d’être réélu. On abandonne l’université, l’aéroport, etc… Mais on s’en fout, on est réélus quand même !

Alors on fait semblant de s’opposer au développement des grandes zones commerciales en les désignants comme responsables de la désertion des centre-villes quand ce n’est pas tant la zone qui en est responsable, mais l’autorisation pour les petits commerces de s’y installer. Décathlon ou Auchan n’ont en rien fait déserter le centre-ville. Par contre, les très nombreux petits magasins qui les accompagnent, oui. Une solution : interdire les petites surfaces dans ces grandes zones commerciales. Logique me direz-vous. C’est ce que pense le président du SCOT (Billès) mais bizarrement, il n’est pas suivi par les autres maires… Eh non. Ikea par ci, Alinea par là, Cultura, etc… tous ceux-là on va s’opposer à leur implantation, disant que nous ne pouvons pas faire du “tout commerce” et que ça détruit le centre. Citez-mois les magasins du centre en concurence avec Ikea ! Et puis, si Ikea va à Girona, en quoi on aura épargné qui que ce soit ? Au lieu de faire venir les sud-catalans, nous irons chez eux. Ils auront une centaine d’emplois créée (encore) quand nous, eh bin, nous… euh… bin rien. Com d’hab. Quant à l’autre argument consistant à ne pas faire du tout commerce, ce serait valable si nous avions autre chose que le commerce pour créer de l’emploi (oui, je vous entends déjà dire que le clientélisme crée beaucoup d’emploi…). Malheureusement, l’économie locale est dépassée, notamment l’agriculture; nous nous enlisons. Ensuite il y a les services (bin oui, tous ces retraités du reste de la France, il faut s’en occuper). Et, surtout, le tourisme. Mais le tourisme n’est une économie que parce qu’il y a consommation…

Alors continuons braves gens à voter pareil, à décider pareil. Après tout, nous sommes pauvres au soleil quand d’autres sont riches sous la pluie… Si c’est ça qui fait tourner la Terre, restons au soleil, allons à la fête de l’huître du Barcarès (et quand je parle d’huître, je ne parle pas de ce qu’il y a dans l’assiete !), récupérons les cadeaux pour nos ainés dans les maisons de retraites, etc. Oui, le grand Frêche (que je détestais tant) avait raison : faire une campagne électorale intelligente ne fait pas gagner, par contre faire campagne en donnant des cadeaux à des cons (qu’ils ont eux-même payé avec leurs impôts) , c’est se garantir la victoire.

A quand notre Frêche ? Capable de développer la Catalogne Nord, en disant à Montpellier “je vous emmerde”….