Lettre à Hermeline Malherbe, Présidente du CD66 et Sénatrice, pour le pays catalan

MME HERMELINE MALHERBE

Lettre ouverte

Madame la Présidente, Sénatrice,

Catalans occitanie

Dessin Seb pour L’indépendant

Je m’adresse à vous tout d’abord en tant que Présidente du département. Dans vos dernière déclarations, dont votre remarquée intervention auprès de la Présidente Delga pour le nom de la région, vous avez fait état de votre souhait que notre territoire soit représenté par l’appellation «Pyrénées-Méditerranée» accolée à «Occitanie». Je veux tout d’abord vous dire mon étonnement. Vous qui avez accédé aux responsabilités aux côtés de Christian Bourquin, vous n’êtes pas sans savoir que toute négation de notre identité culturelle est inconcevable. Il l’avait bien compris en affirmant une république française à l’accent catalan. Mais c’est sur le fond que votre positionnement est pour le moins inadéquat. En effet, nous nous sommes particulièrement mobilisés lors de la consultation sur le nom de la région. Gérard Onesta, président du bureau de l’assemblée et garant de l’équité du choix final, nous avait assuré que tous les paramètres seraient pris en compte. Or, d’après les données transmises par la région, non seulement la mobilisation a été des plus importantes de toute la nouvelle région, mais en plus et surtout, l’option contenant «Pays Catalan» est arrivée très largement en tête avec près de 60% des voix, devançant de plus du double toutes les autres possibilité, y compris «Pyrénées-Méditerranée» qui n’a pas atteind les 30%. Ce qui fait qu’en ne représentant que 8% de la population, le Pays Catalan a réussi l’exploi de parvenir à 12% des votes, sans que cela ne soit pris en considération. Aussi, en tant que première personnalité du département, il vous appartenait de défendre la majorité claire qui s’est exprimée malgré les difficultés de vote (problèmes techniques, manque de bulletins, …). La décision régionale est maintenant prise et ce n’est évidemment ni avec «Occitanie», ni avec une précision commerciale «Pyrénées-Méditerranée» que nous, catalans de toutes origines, nous sentirons représentés. Le collectif SEM a d’ailleurs réussi à rassembler de grands représentants du monde économique, la majorité des partis politiques, des personnalités du monde culturel mais également a recueilli le soutien du SIOCCAT, représentant la moitié des municipalités du département, tous pour «Pays Catalan». Vous revient dès lors, la possibilité de reprendre les choses en main et de corriger ce que l’Etat français et la région n’ont su faire : nommer ce territoire avec son nom. Vous pouvez engager cette réforme de deux manières.

Tout d’abord le changement de nom du département. Il pourra être refusé par le Conseil d’Etat, nous le savons tous. Mais c’est la démarche qui permettra que nous existions à nouveau au travers d’une communication censée. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Les territoires tels la Bretagne ou la Corse existent, sont nommés et ont une communication qui correspond. Quand l’USAP ou les Dragons jouent, personne ne les nomme «pyrénéens». C’est d’ailleurs notre particularisme que les touristes viennent trouver en nos terres. Diffusons ce qui fait ce que nous sommes : catalans. Quel que soit le choix du nom, qui devra comporter un terme faisant référence à notre identité culturelle et à la réalité du territoire (Catalogne, Catalogne Nord, ou même Pays Catalan) ce ne pourra être que bénéfique. N’avez-vous pas les plus grandes difficultés à communiquer sur ce nom géologique qui ne nous a jamais rien apporté «Pyrénées-Orientales» ? Vous vous étiez d’ailleurs prononcée favorablement dans la presse il y a quelques semaines pour un changement de nom du département.

C’est ensuite à la sénatrice que je m’adresse pour évoquer l’autre orientation, plus courageuse et ambitieuse, qui serait de porter notre territoire vers un statut particulier, telles les métropoles ou la Corse. Il ne s’agit aucunement de sécession comme certains extrêmistes le vocifèrent -à moins que le Grand Lyon ne désire devenir un Etat indépendant- mais bien de capter les compétences régionales, les accumuler aux départementales et simplifier l’administration locale tout en lui donnant les moyens d’agir dans l’intérêt du territoire. Les économies d’ailleurs réalisées par ce type de simplification balayent immédiatement toute inquiétude quant à notre capacité d’investissement.

Je ne développerai pas plus ici les arguments économiques car ils sont bien trop nombreux, au moins autant que les arguments culturels. Parmi les arguments politiques, vous pouvez y voir la capacité de décision locale, outil indispensable à la défense des intérêts locaux. Quelles que soient les raisons, aucune ne permet de penser qu’il vaut mieux être en demande permanente vers Toulouse plutôt que décider ici.

Mais je suis évidemment à votre disposition pour travailler à la mise en place de ce type d’administration car c’est avec de l’ambition que nous ferons reconnaître notre territoire tel qu’il est à ce jour : l’accent catalan de la république française.

Veuillez recevoir, Madame la Présidente, Sénatrice, mes sincères et respectueuses salutations.

Brice LAFONTAINE
Président d’Unitat Catalana